Il était une fois Eugenio…

Tout commence en 1929, lorsqu’à 40 ans, le maçon italien Eugenio Gazzola quitte son Emilie-Romagne natale dans le Nord de l’Italie, son niveau et sa truelle en bandoulière, son fils Guiseppe de 23 ans et son petit-fils Vittorino d’un an sous le bras. Objectif : sortir de la misère d’après-guerre et trouver un travail de l’autre côté des Alpes, dans la Ville-Lumière. Il y travaille comme rocailleur et façonne des bancs en ciment ouvragé, du Jardin des Plantes à Vincennes.

Guiseppe, artisan-maçon

Guiseppe Gazzola se lance à son compte en tant qu’artisan, du haut de ses 34 ans, et prend son fils Vittorino de 13 ans comme apprenti, alors que bientôt la Guerre gronde. Une fois cette parenthèse douloureuse refermée, Guiseppe Gazzola reprend du service et Vittorino poursuit sa formation sous les ordres instructifs de son père. Il se marie en 1951, avec Denise, dont les parents corréziens tiennent un café à La Villette : « L’Ami René ».

Vittorino, artisan-maçon de troisième génération

Puis, le 28 juillet 1953, Vittorino franchit un cap : celui de devenir lui-même artisan, immatriculé au registre du commerce en 1957. Profitant du contexte de reconstruction et s’appuyant sur la « confrérie des amis de la guerre » où il retrouve l’architecte Joubert et le décorateur Feuillasse, Vittorino connaît une croissance exponentielle et se pose rapidement en chef d’orchestre d’un bataillon de 70 à 100 ouvriers.

Bourreau de travail, virtuose des chantiers, Vittorino travaille plus qu’il ne vit, efficacement épaulé de son épouse Denise, engagée et courageuse, toujours là pour aider dans les tâches quotidiennes et faire la comptabilité des entrées et des sorties. Le dépôt est à Bobigny avant d’être déplacé pour évoluer en showroom au 143 rue de Flandres dans le XIXème arrondissement. Le levage des matériaux se fait à la poulie, les échafaudages sont en bois et l’art de faire des économies est poussé à son comble car si la main d’œuvre se vend à bas coût, les matières premières sont dispendieuses. Vittorino a la solution : faire de la récupération. Rien ne se perd, à commencer par les clous que l’on extrait et remet dans le droit chemin, pour une utilisation en mode seconde main.

De la qualité à la consécration

La qualité de son travail en maçonnerie, carrelage, ravalement et marbrerie, se répand très vite et en 1956, c’est la consécration après la naturalisation. Vittorino devient Victor Gazzola dans un seul et unique but : être sélectionné pour restaurer les bureaux de Valéry Giscard d’Estaing au Ministère des Finances logé dans le Louvre, au numéro 93 de la rue éponyme. Un vrai travail d’orfèvre nécessitant de désosser l’ensemble du bâtiment à l’exception de sa structure pour mettre le lieu aux normes de l’époque. Décoré lors de la réception des travaux, Victor Gazzola enchaîne les chantiers de prestige : rue Croix des Petits-Champs, Schwob boulevard Haussmann, rue Pergolèse, rue Diderot, l’UCREPSA, la Société de gérance de Passy boulevard Delessert, Square de l’Alboni.

Victor Gazzola & Fils, authentiquement artisans

Alors que l’usure commence à gagner Victor, son fils Laurent le rejoint en 1972 après des études en dentaire et six mois, petite main, dans la serrurerie et la confection d’escaliers. De quoi améliorer l’ordinaire en attendant d’aider son père. Sans véritable formation en maçonnerie, Laurent apprend le métier en cours de métré le soir à Saint Lambert, et sur le terrain, que Victor lui cède rapidement. Homme à tout faire, du devis aux rendez-vous de chantier, de l’administratif aux livraisons, Laurent Gazzola gravit les échelons, épaulé de son commis-métreur.

Il est bientôt rejoint par Lionel en 1976, après des études de médecine rapidement interrompues. S’ouvre alors une nouvelle ère, concrétisée par la création de l’entreprise Victor Gazzola & Fils en 1981 et couronnée de beaux projets grâce à la reconnaissance de l’architecte du grand couturier Hubert de Givenchy, Alain Raynaud. Pour lui, Lionel Gazzola réalise des travaux de structure dans l’immeuble de la Maison, afin d’accueillir décemment la clientèle américaine. De son côté, Laurent entre dans l’univers Kenzo ; de la maison du créateur à Bastille à ses boutiques parisiennes, il n’y a qu’un pas que Victor Gazzola & Fils franchit avec succès.

Quand la maçonnerie devient un art

De ces expériences aux allures de missions impossibles, Victor Gazzola & Fils en ressort couronnée. Les restaurations d’hôtels particuliers et villas se succèdent : rue des Saints Pères chez le couturier Givenchy, suivie de l’Hôtel de Bauffremont rue de Grenelle, anciennement propriété de Marie-Antoinette dans laquelle le Prince Maeterlinck avait fait poser une horloge composée d’un cadran solaire et de clous dorés incrustés sur le parquet Versailles, et désormais classé. Lionel rénove aussi l’appartement de Jackie Kennedy, la propriété de Valentino à Saint-Nom-la-Bretèche, le Palais de la Bourse…

De demandes impossibles en exigences les plus folles, Victor Gazzola & Fils prend de l’ampleur, étoffe son savoir-faire et cisèle sa passion, de voûte sarrasine en mur cintré et escalier monumental. Laurent se concentre sur une clientèle de boutiques prestigieuses ; après Kenzo, c’est pour Christian Dior qu’il déploiera ses talents. Au delà de cette frénésie, architectes et décorateurs reconnaitront un savoir faire d’excellence, rare dans la profession, faisant de lui un partenaire de confiance. Il se verra ainsi confier la réalisation de projets sensibles et prestigieux.

Lionel de son côté se plie aux désirs personnels des plus grands, sous la houlette d’architecte et décorateurs de renom.

L'avenir de la tradition

Victor Gazzola & Fils mécanise sa logistique pour se consacrer à son métier : l’excellence d’un savoir-faire de l’ombre, celui de la démolition en vue d’une reconstruction complexe, rigoureuse et ambitieuse. Après le succès du chantier de la rue de Grenelle, Laurent et Lionel achètent, en 1982 à l’occasion d’une vente aux enchères à la bougie, un nouveau dépôt, rue des Gardinoux à Aubervilliers. Ancienne marbrerie, ce vieux hangar doté d’un terrain en terre battue et d’une serre désaffectée, devient leur showroom. Rénové et décoré d’une façade en granit noir, le dépôt y accueille notamment des machines au laser dédiées à la marbrerie. Cinq ans plus tard, Victor décède âgé seulement de 59 ans, usé par un rythme effréné.

Le renouveau

L’année 1995 est avant tout celle de la rénovation de la boutique Dior Avenue Montaigne et du début des boutiques-concepts pour Laurent, qui décline ce nouveau procédé de Dolce & Gabbana à Prada en passant par Saint Laurent, Berluti et Moschino. Cette année est aussi celle du fabuleux chantier de création d’une piscine souterraine dans un hôtel particulier. A cette occasion, Victor Gazzola & Fils déploie des trésors d’ingéniosité, maintenant l’ensemble de l’hôtel particulier sur des étais, comme suspendu aux lèvres de son prestigieux savoir-faire. L’année 1995 est enfin l’année des grandes grèves. Une période difficile pour Laurent et Lionel qui déménagent leur entrepôt quai Lucien Lefranc le long du canal de l’Ourcq et se voient contraints de restructurer leur entreprise.

Cette période correspond également au grand retour de Denise, leur mère, un temps retirée des affaires de l’entreprise pour mieux revenir épauler ses fils et maintenir cet esprit de famille si cher à Victor Gazzola & Fils. Dynamique et maternelle, Denise veille sur l’ADN de la Maison, avec douceur et fermeté, vigilance et altruisme.

GMT

L’année 1998 sonne la création de GMT et le début d’une collaboration réussie entre Laurent Gazzola et Agostino Mainardi. En 2008, c’est la consécration pour Laurent Gazzola qui signe un chantier pharaonique pour Roberto Cavalli : la réunion de deux immeubles en un seul, harmonieux et imposant, luxueux et élégant.

La relève

En 2000, Julien termine ses études supérieures de commerce et intègre l’entreprise familiale.
Il complétera sa formation en y apprenant les valeurs de l’entreprise et la noblesse des hommes de terrain. Jour après jour, il gagnera le respect de ses pairs et enfin la légitimité de la profession nécessaire pour perpétrer la tradition.

Puis c’est au tour de Romain, cousin de Julien, ayant fait son droit à Assas et Dauphine mais piqué par le virus Gazzola, de faire son entrée dans l’entreprise familiale en 2011. Dans l’ombre de Lionel, il fait ses premières griffes pour le compte de Guerlain et du décorateur Jacques Garcia. Il travaillera aussi en 2015 pour le restaurateur Jean-François Piège. Une expérience hors du commun qui le conduit à mouler de fausses lattes de bois sur mesure pour recréer un mur décoratif… en béton, dans l’esprit de l’arrière-grand-père rocailleur !

Après 42 ans de collaboration au service de GMT, les frères Gazzola, Laurent et Lionel, s’effacent au profit de la jeune garde qui prend le relais en binôme en 2014, propulsant l’entreprise de plain-pied dans le XXIème siècle. Et toujours sous l’œil pétillant et vigilant de Denise, gardienne des valeurs de l’entreprise jusqu’en 2016.

Exigeants et passionnés, Julien et Romain ont le savoir-faire précis d’une famille plongée depuis près de 90 ans dans le secteur du bâtiment. Leur ambition : préserver et pérenniser cette expertise reçue en héritage en se consacrant à l’essentiel : leur métier de maçons pour la cinquième génération.

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5 générations de passion, d’exigence, et d’innovation 

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